Traduction française de l’Anonimo Riccardiano

Vous ne l’attendiez plus (ou pas), mais voici enfin la traduction en Français du MS Riccardiano 2541, dit l’anonimo Riccardiano. Traduit par Michaël Huber, mais certains disent qu’il n’a jamais existé et que c’est le pseudonyme collectif d’une obscure secte disparue, cet atypique manuel Florentin de la renaissance qui ne se rattache à aucune tradition d’escrime connue aborde d’une manière inédite l’épée seule, l’épée et Rondache, l’épée et cape, l’espadon, la pique, et l’épée et poignard. Toutes ces sections montrent un système sous-jacent global raisonné et intégré malgré la disparité des armes.
Si Liechtenauer vous lasse, que l’escrime Bolonaise vous semble trop démesurée, que vous pensez qu’un bon escrimeur doit savoir manier et comprendre toutes sortes d’armes, et qu’un défi intellectuel ne vous fait pas peur mais au contraire vous stimule, alors rejoignez le côté obscur des (vrais) AMHE, on a le Riccardiano !

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Saint Michel et le Dragon ou Saint Michel terrassant le dragon ou encore Le Petit saint Michel est une peinture à l’huile (31 × 26 cm) de Raphaël, réalisée dans la période 1503 à 1505, conservée au Musée du Louvre, Paris. (Source : Wikipedia)

MH

Bilan 2015

Il y a un an je lançais le blog « L’Arte dell’Armi ». Un blog, ce truc qui tient du journal intime mais public, ou de la vitrine dans laquelle on se permet égocentriquement d’étaler ses opinions et sa science comme on étale de la confiture sur un tartine. Les ouvrages de A. Marozzo et A. Manciolino étant traduits par A. Calonne sur nimico.org, G. Dall’Agocchie par B. Conan, il restait l’anonyme bolonais auquel je voulais m’attaquer pour compléter ce « tétraptyque » de l’art des armes bolonais. Je partais sur la traduction de 4 à 6 paragraphes par semaine pour produire une régularité et un automatisme dans cet effort. J’espérais aussi, en publiant progressivement ma traduction, contribuer à l’émergence d’une communauté d’étude et de pratique de cette escrime bolonaise.

Cette entreprise est purement égoïste. J’ai envie de travailler et de m’exercer à l’art des armes selon les sources bolonaises ! C’est là la finalité, le besoin irréductible. La traduction n’est pas une fin en soi, sa diffusion non plus. N’étant ni linguiste, ni historien, ni même italianisant, ce travail est à voir comme un mal nécessaire. Pratiquer un sport ou un art du combat sans au moins un partenaire qui partage le même objectif ne reste qu’une vaine masturbation martiale ; la solitude est une des plaies des AMHEurs. Il y a 15 ans avec l’Ardamhe nous avions contribué à bâtir et consolider une communauté sur l’étude de l’épée longue de tradition allemande. Nous avions traduit (approximativement certes) des textes puis nous échangions beaucoup sur les différents forums et lors des stages. Je pense pouvoir dire que cela a pas mal fonctionné… surtout pour les autres groupes qui sont venus après nous. Les travaux de l’Ardamhe n’étaient pas une manifestation d’altruisme mais s’approchaient beaucoup plus de la philosophie « Do it yourself » et de la culture libre. En tant qu’autodidactes, en l’absence de maîtres pour nous montrer la voie et nous corriger, nous devons nous appuyer sur nos pairs, sur une communauté de pratiquants pour valider mutuellement nos idées, nos interprétations, nos expériences et notre niveau. Ce qui a marché il y a près de 15 ans avec l’épée longue de Liechtenauer ne se produit pas avec les sources bolonaises. Pourquoi ça ne marche pas ?
Le blog nimico.org publie régulièrement, le présent blog était censé le faire également, il y a des ateliers d’escrime bolonaise dans quasiment tous les stages « multi-sources », mais je ne sens pas le frémissement d’une communauté francophone autour du sujet. Est-ce encore trop tôt ? Peut être ne suis-je pas dans les bon réseaux ni dans les bons cercles ? Ne suis-je pas capable de la percevoir ?
Les media de communication ont changé. Facebook a pris la place des forums et des listes de diffusion. Hélas il en résulte que les communications sont plus qu’avant dans l’instantané et, pire que tout, elles ne sont pas persistantes. L’information est donnée sur un fil d’actualité, elle reste facilement accessible tant qu’un autre fil ne vient pas lui prendre la vedette, la retrouver par la suite relève de la spéléologie. Un réseau social comme Facebook est un lieu de communication, pas de discussion.
Les gens, les pratiquants d’AMHE ont changé aussi. Au début il n’y avait quasiment de place que pour des autodidactes qui n’avaient pas peur de travailler directement avec les photocopies des sources. Maintenant il y a des gens qui en savent un peu plus et qui peuvent prétendre enseigner au moins les bases. De fait, il arrive dans le milieu une population de consommateur, ce n’est pas péjoratif, mais ils ne sont que rarement intéressés par les sources, ou s’ils le sont ce n’est pas spontané. Quelque part ça prouve que les AMHE sont devenus un art martial « presque » comme les autres, mais ce faisant on entre dans des AMHE que je qualifie de deuxième génération, avec une culture sensiblement différente.
Nous parlions des sources justement. Les sources, quatre majeures auxquelles on peut rajouter l’ouvrage de A. Viggiani, sont paradoxales. Elles sont en italien et toutes imprimées à part l’anonyme bolonais. La langue, cousine du français par son ascendance latine, est bien documentée. A part chez A. Marozzo les textes comportent peu de termes techniques obscurs, on pourrait même dire que les fondamentaux du système bolonais sont faciles à appréhender, ce qui nous change du poème de Liechtenauer. Les sources sont riches, voire prolixes, et c’est là que les choses se compliquent. Si un Dall’Agocchie ou un Viggiani sont faciles à étudier et à travailler, il en va autrement pour les œuvres les plus importantes que sont Marozzo et l’anonyme. C’est manifestement un obstacle.
Mais à mon humble avis, ce qui entrave le développement de l’étude de l’école bolonaise c’est son image, ou plutôt son absence d’image. L’épée longue est hégémonique dans le milieu des AMHE, parce qu’elle à une image, une identité, une signature propre à elle. C’est une arme tenues à deux mains, elle se démarque de l’escrime moderne, c’est aussi comme un sabre japonais, mais européen avec une lame droite et des quillons… Et puis c’est une arme médiévale, et cette époque stimule beaucoup l’imaginaire d’un occidental. L’épée longue est qu’on le veuille ou non l’arme emblématique des AMHE. L’épée bolonaise en revanche n’est plus médiévale puisque nous somme avec le « Cinquecento » en pleine Renaissance. Elle n’est pas encore la rapière plus tardive susceptible de titiller nos souvenirs de films ou romans de cape et d’épée. La « spada da lato », l’épée de côté, l’épée de taille et d’estoc, n’évoque pas grand chose. De pointe on dira que c’est de la rapière, de taille on dira que c’est comme du sabre moderne. La polyvalence de l’arme et la parenté manifeste de sa théorie avec celle de l’escrime moderne ne contribuent pas à lui donner spontanément une image spécifique et personnelle. Cette identité reste à construire.

La deuxième plaie des AMHE c’est l’obtention d’une salle d’entraînement. Les AMHE ont commencé dans les jardins privés et publics, mais en prenant de l’âge on se lasse pour ces conditions et on en vient à apprécier le confort. Pour avoir une salle il faut avoir des pratiquants, mais pour avoir des pratiquants – surtout quand on ne propose que de travailler sur des textes indigestes qui parlent d’une arme qui ne parle justement à personne – il faut avoir une salle. On peut avoir aussi des amis, ou des connaissances bien placées et, pour faciliter, des diplômes de maître – mais quand on est autodidacte on fait une croix dessus.

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Étude des batailles à cheval et à pied (1503-04) par Léonard de Vinci (1452- 1519) ; Plume et encre, 145 x 152 mm, Venise Galleria dell’Accademia, inv. 215 A.

Toute la dynamique d’étude des sources, d’entraînement et de construction d’un groupe dédié à l’escrime bolonaise que nous avions mise en place conjointement avec l’Ardamhe et AMHE Paris en septembre 2013 s’est trouvée anéantie par la perte de la salle d’entraînement en mai 2014. Sans salle pas de partenaires, pas de partenaires pas d’entraînement. Dans ce contexte le blog « L’Arte dell’Armi » est un outil, une assistance pour stimuler ce cœur, le mien, qui battait pour les AMHE et l’empêcher de s’arrêter. C’est une contribution pour créer les conditions favorables au développement de cette escrime et par là préparer la relance d’une vraie pratique.

En 2015 mon cœur pour les AMHE à continué de battre. Sur le blog le contrat de 5 paragraphes traduits par semaine fût respecté jusqu’en mai, au bout de 20 semaines. J’ai fait même un petit peu plus en traduisant la partie sur la hache noble. Cependant à partir de mai le temps a manqué, cela a cassé l’élan et la mécanique mise en place. Se remettre à traduire du texte, au demeurant assez rébarbatif, demandait beaucoup d’énergie… trop en fait.

Le blog a manifestement un public, il est consulté régulièrement. J’ai bien des retours des partenaires habituels, connus d’avant la création du blog, mais je n’en ai eu quasiment aucun de la part de personnes qui se seraient mises à travailler spécifiquement les textes traduits. C’est une déception.

Pour le positif, car il y en a, 2015 était aussi l’année du premier stage, ou symposium pour être exact, dédié à l’art des armes selon les auteurs bolonais. l’évènement était organisé par la Salle d’Arme Achille Marozzo (SAAM) de Bologne et s’est déroulé les 24 et 25 octobre. Je comptais y participer en pur consommateur je me suis retrouvé en septembre à devoir préparer une présentation. J’ai donc traité de la comparaison des systèmes de gardes des auteurs que nous rattachons à l’école bolonaise, et ce en Italie, à Bologne, devant les experts de ladite école bolonaise ! La situation était intimidante et quelque peu stressante, mais l’expérience s’est révélée enrichissante et positive. Cette aventure n’est pourtant pas terminée, il reste encore à transformer ma présentation en un article en bonne et due forme pour la revue Acta Periodica Duellatorum.

Revenons sur ces travaux justement. En un an j’ai discuté avec d’autre pratiquants ou chercheurs, j’ai pu entre autre consulter lors du symposium les images numérisées des manuscrits, et ma compréhension de ce texte a évolué. Continuer la traduction en mode « brute force » est une tâche exigeante qui, si elle est nécessaire à un moment ou à un autre pour le public francophone, ne permet pas de s’approprier les contenus techniques et théoriques. Les manuscrits 345 et 346 que nous regroupons sous l’appellation « anonyme bolonais » ne sont a priori pas des ouvrages achevés, et de toute façon s’il le sont il nous manque les intentions ou le projet de l’auteur. Ces manuscrits, comparés aux ouvrages de A. Manciolino, A. Marozzo ou G. Dall’Agocchie, ne présentent pas de plan ou de structure explicite. Cette structure existe bien pourtant, nous la voyons dans la partie théorique, mais dès que nous entrons dans les près de 200 pages techniques du MS 345 c’est comme rentrer dans une forêt où les jeux et pièces sont les arbres. Ils se ressemblent tous, on s’y perd et on n’ose pas y pénétrer plus profondément, on reste à la lisière. Pourtant j’ai le sentiment qu’il y a un projet pédagogique au moins pour la partie sur l’épée seule, mais pour le prouver il faut faire une cartographie de ce recueil de pièces techniques.

Cartographier, voilà donc le travail qui m’occupe pour l’instant sur l’anonyme bolonais, à savoir identifier et numéroter les paragraphes, découvrir les articulations entre eux et essayer de découvrir le ou les fils conducteurs. La révision de la partie théorique est aussi sur la table, ainsi que plusieurs bouts d’articles mais tout cela reste du travail qui n’est pas directement publiable. Le format de publication du blog me pose aussi un certain nombre de problème de mise en page et ne s’adapte pas facilement à ce que je voudrais obtenir.

En fait tout le travail évoqué précédemment, même s’il est plaisant, n’a jamais qu’une seule finalité, celle de préparer la pratique. L’auteur du manuscrit 3227a, anonyme lui aussi à moins que ce ne soit maître Liechtenauer lui-même, écrivait « […] l’exercice est meilleur que l’art – l’exercice est bien utile sans art mais un art n’est pas très utile sans exercice », là est bien le problème. Actuellement je ne travaille que sur l’art, la théorie, et nous savons bien dans le domaine que si on n’expérimente pas ses idées on ne va pas loin. Quant à l’exercice, c’est toujours compliqué. On peut s’entraîner à d’autres traditions au sein des AMHE, voire même se remettre à l’escrime moderne, mais cela ne m’intéresse plus vraiment. On peut reprendre un autre art martial, ce que j’ai fait avec le systema, mais là aussi les déplacements en région parisienne ont eu raison de ma motivation.

Les perspectives ? Contraintes familiales ; contraintes professionnelles ; reprise des entraînements dans les jardins publics – 1h quand on peut c’est trop peu pour travailler correctement -; Joie ! Peut être une salle pour 2016, mais l’administration est longue à nous l’accorder ou non, et pour l’instant nous ne serions que deux personnes, les autres – s’il y en a – seront forcément des débutants à former et là, les choses se corsent pour moi et mon escrime bolonaise embryonnaire.
Merci à ceux qui me soutiennent de près ou de loin. Mais le moral s’émousse, la frustration s’accumule. La matière est trop vaste pour un seul homme et je ne suis pas capable de mettre les moyens requis par mes ambitions. 2016 sera sans doute une année charnière, soit mes projets d’escrime bolonaise avancent concrètement, soit je me résoudrais à cesser tout acharnement thérapeutique  et à abandonner ma (sur)vie d’AMHE.
Pour l’évolution du blog… nous verrons quand j’aurais des choses concrètes à y déposer…

DDG

Reprise !…

C’est bientôt le retour de la publication hebdomadaire de traduction, je m’y remet progressivement après avoir laissé ce terrain en jachère pendant près de 4 mois. Cependant dans le mois qui vient j’ai une autre priorité. Les 23 et 24 octobre se tiendra à Bologne le premier symposium consacré exclusivement à l’école bolonaise. J’y interviendrai avec une petite conférence sur les systèmes de gardes dans les ouvrages d’escrime bolonaise. Il me reste pas mal de préparation encore… Pour plus d’information :
http://bononia.achillemarozzo.it/?page_id=81

Concernant les travaux sur le site, pour l’instant, j’ai modifié légèrement les textes déjà publiés pour rajouter une numérotation des pièces. Elle n’est certes pas dans le texte d’origine mais elle est fort utile pour se repérer. J’ai modifié quelques points mineurs de traduction et corrigé quelques fautes d’orthographe (mais je suis certain qu’il en reste beaucoup).

Le glossaire avance, et une révision de la transcription de ouvrage d’Antonio Manciolino aussi. Ce n’est pas le travail qui manque…

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Etude de chats, de dragons et d’autres animaux (vers 1513) par Léonard de Vinci (1452- 1519) ; Royal Collection, Windsor Castle, London, UK ; Source : http://www.wikiart.org/

DDG

Pause !…

Il n’y a pas de traductions de prévues pour cette semaine et rien de certain pour les semaines suivantes.

Les beaux jours sont là, les mois de mai et juin sont denses,  et forcément je suis moins souvent devant mon écran, et le temps qu’il reste, je dois le partager avec d’autres activités et d’autres projets AMHE ou non.

Pause temporaire dis-je, le temps de prendre un peu de recul sur les 100 jeux déjà traduits. Je dois y reporter quelques corrections mineures, rajouter une numérotation plus simple, indexer les jeux pour faire apparaître la structure interne du texte ou à défaut faire apparaître les éléments remarquables, et surtout, constituer et mettre en ligne le glossaire. Il y a aussi des articles que j’aimerai produire notamment sur la manière que les auteurs bolonais ont d’enseigner et d’expliquer leur art des armes. Cela prend du temps tout ça…

DDG

L’art de l’épée seule — semaine 20

MS 345 folios 49r – 50r (L’arte de la spada pp. 78 – 80)

96. <A049r-1> Si ton ennemi se trouve avec le pied droit devant, avec l’épée à la présence, tu t’accommoderas dans l’accommodement de queue longue étroite avec le pied droit devant, et là tu passeras du pied gauche de travers vers son côté droit en lui tirant un demi-maindroit à la main de l’épée qui ne dépasse pas sanglier-porte de fer étroite, et de là tu passeras du pied droit en avant en faisant semblant de lui tirer une fausse taille de bas en haut, mais néanmoins tu caveras ton épée par dessous la sienne en la lui rabattant avec le faux tranchant vers son côté droit, et successivement tu lui tireras un revers traversé à la face ou au bras de l’épée qui ne dépasse pas queue longue étroite ; et s’il veut se défendre dudit revers d’une quelconque manière, soudainement tu passeras du pied gauche vers son côté droit en tournant ton épée par dessous la sienne sans faire de volte de main, tu lui pousseras une pointe ferme dans la poitrine, l’épée viendra à se trouver dans l’accommodement de queue longue haute avec son bras bien allongé en avant autant qu’il soit possible, et de là tu t’échapperas en arrière avec le pied gauche en t’accommodant dans la garde de porte étroite de fer.

97. <A049r-2> Si ton adversaire se trouve dans l’accommodement de queue longue étroite avec le pied droit devant, tu t’accommoderas dans l’accommodement susdit, et là tu retireras en arrière le pied droit en lui tirant une estocade vissée à sa main de l’épée, et de là successivement tu tireras le pied gauche près du droit en laissant aller l’épée en queue longue longue, puis avec toute la dextérité qu’il soit possible tu passeras du pied droit en avant en faisant semblant de lui tirer une imbroccade par le haut à la face, et néanmoins tu passeras immédiatement du pied gauche en avant en faisant une demi-volte de main en lui poussant par son côté droit une pointe dans la poitrine ; et s’il veut se défendre de ladite pointe, sans délai tu passeras du pied droit en avant en lui tirant en bas au visage, à la poitrine et aux bras un maindroit fendant qui descend en porte large de fer, et ceci étant fait, tu retireras ensuite le pied droit en arrière en te plaçant dans la garde de queue longue étroite.

Hallebardier1

Portrait d’un hallebardier (Francesco Guardi ?), 1528 – 1530 ; portrait par Jacopo Carucci di Pontormo (1494 – 1557) ; J. Paul Getty Museum, Los Angeles. Sources http://www.getty.edu/art/collection/objects/824/pontormo-jacopo-carucci-portrait-of-a-halberdier-francesco-guardi-italian-florentine-1528-1530/ et http://it.wikipedia.org/wiki/Alabardiere

98. <A049v-1> Ton adversaire se trouvant dans la garde de queue longue étroite ou porte étroite de fer avec le pied droit devant, tu t’accommoderas dans la garde de queue longue étroite avec le pied gauche devant, et là tu passeras avec le pied droit un grand pas en avant en lui poussant une pointe à son côté droit qui va jusqu’en garde de face de telle manière que tu viennes à te trouver avec le faux tranchant de ton épée accompagnée dans celle de ton ennemi, et de là successivement tu feras une demi-volte de main en lui tirant une imbroccade dans la face, et comme il voudra se protéger de ladite imbroccade, immédiatement tu lui tourneras avec le poignet un revers traversé dans la face, et quand tu feras ledit coup tu jetteras le pied droit quelque peu vers son côté gauche, l’épée ne doit pas dépasser queue longue étroite, et immédiatement sans aucun délai tu passeras du pied gauche vers son côté droit en lui tournant un revers fendant dans la tête, la jambe droite doit aller en rond derrière la gauche et l’épée ne doit pas dépasser queue longue haute avec son bras bien allongé en avant autant qu’il soit possible.

99. <A049v-2> Si ton adversaire est accommodé en garde de queue longue étroite avec le pied droit devant, tu t’accommoderas dans le même accommodement, et là avec une élégante dextérité tu lui feras voir de pousser une pointe dans la poitrine à son côté gauche, et comme il voudra se protéger de ladite pointe, successivement tu caveras ton épée par dessous la sienne en passant dans ce temps avec le pied gauche vers son côté droit en lui donnant un maindroit fendant à la face ou au bras de l’épée avec toute la rapidité qu’il soit possible, la jambe droite doit suivre quelque peu derrière la gauche et l’épée viendra à se trouver en sanglier-porte de fer étroite, et là tu passeras du pied droit en avant en faisant une fausse taille de bas en haut à l’épée de ton adversaire, et de là soudainement tu lui feras voir de tourner un revers dans la tempe droite, mais rapidement tu laisseras tourner ton épée à la manière d’un estramaçon en lui donnant immédiatement un maindroit fendant au visage ou au bras de l’épée en faisant que ledit coup s’arrête en porte étroite de fer.

100. <A050r-1> Ton ennemi se trouvant dans la garde de queue longue étroite avec le pied droit devant et toi dans la garde de porte large de fer, je veux que tu passes quelque peu le pied droit en avant, et dans ce déplacement que tu fasses semblant de lui pousser une pointe dans la poitrine à son côté gauche, et comme il voudra se défendre de ladite pointe, successivement tu passeras du pied gauche de travers vers son côté droit en tirant le poing de l’épée, et caver ton épée par dessous la sienne en lui donnant immédiatement un revers fendant à travers le bras de l’épée en laissant aller le pied droit derrière le gauche, et l’épée doit se trouver accommodée dans la garde de queue longue étroite.

DDG

L’art de l’épée seule — semaine 19

MS 345 folios 47v – 48v (L’arte de la spada pp. 77 – 78)

91. <A047v-2> Si ton ennemi est accommodé dans l’accommodement de queue longue étroite avec le pied gauche devant tu t’accommoderas dans le même accommodement et avec un déplacement artificieux tu passeras du pied droit en avant en lui montrant de vouloir lui pousser une pointe dans les flancs à son côté gauche ; parce qu’il retire en arrière son pied gauche en te tirant dans ce temps un maindroit à ta main de l’épée qui descende en porte de fer étroite ou large, tu seras avisé que lorsqu’il fera une telle action, tu te garderas très bien la main de l’épée du coup susdit, et puis ensuite tu passeras de ton pied gauche en avant, en le serrant avec ton épée sur la sienne en guise de queue longue étroite ou sanglier-porte étroite de fer, et de là soudainement tu lui donneras une pointe poussée dans le ventre en retirant après ton pied gauche en arrière, en t’accommodant en queue longue étroite ou porte étroite de fer.

92. <A048r-1> En te trouvant accommodé en garde de queue longue étroite avec le pied droit devant contre ton ennemi, et que lui soit dans le même accommodement ou dans la garde de porte étroite de fer, tu passeras du pied gauche de travers vers son côté droit en lui tirant un demi maindroit à la main de l’épée qui ne dépasse pas sanglier-porte de fer étroite, et de là successivement tu passeras du pied droit en avant en levant une fausse taille de bas en haut de telle façon que tu ne trouves pas l’épée de l’ennemi, mais je veux bien que tu l’enveloppes par dessus la sienne par son côté droit à la façon d’un cercle rond, en passant consécutivement avec el pied gauche en avant tu lui pousseras une pointe ferme dans la poitrine à son côté droit, l’épée viendra à se trouver en guise de queue longue haute avec le bras de celle-ci bien allongé le plus possible, et de là soudainement tu retireras le pied gauche en arrière en lui poussant une pointe dans la main de l’épée puis en te plaçant dans la garde de porte étroite de fer.

SpadaDaLato_Bologna

Épée (spada da lato), Italie, milieu du XVIe siècle. Longueur totale : 117 cm ; poids : 1,210 Kg. Reproduction Deltin, l’original est au Museo Civico Medievale de Bologne.

93. <A048r-2> Si tu es accommodé dans la garde de queue longue étroite avec le pied gauche devant contre ton ennemi, tu seras avisé que s’il te tire un coup quelconque pour te frapper n’importe quelle partie de la personne, tu reculeras le pied gauche derrière le droit, seulement de quatre doigts, en lui donnant dans ce temps un demi-maindroit à la main de l’épée qui ne dépasse pas porte étroite de fer, et de là soudainement tu passeras du pied droit en avant en faisant semblant de lui pousser une pointe dans la poitrine à son côté gauche, et comme il voudra se défendre de ladite pointe, successivement tu caveras ton épée par dessous la sienne en passant du pied gauche à cet instant en avant, et aussi tu lui poussera une pointe ferme dans la poitrine à son côté droit, l’épée viendra à se trouver dans la garde de queue longue haute, et là tu retireras le pied gauche en arrière en te plaçant en queue longue étroite.

94. <A048v-1> Si ton ennemi se trouve avec l’épée à la présence avec son pied droit devant, tu t’accommoderas dans l’accommodement de garde de licorne avec le pied droit devant, et là tu feras semblant de lui tirer une imbroccade dans la poitrine, mais néanmoins dans cette action lui tireras en bas à la poitrine et au bras de l’épée un fendant qui ne dépasse pas porte de fer étroite, et de là successivement tu avanceras sur lui avec le pied gauche en lui poussant une pointe ferme dans la poitrine à son côté droit, et l’épée viendra à se trouver en queue longue étroite avec le bras bien allongé en avant autant qu’il soit possible ; ceci étant fait, tu retireras ensuite le pied gauche en arrière en te plaçant dans la garde de porte étroite de fer.

95. <A048v-2> Ton ennemi se trouvant accommodé en queue longue étroite avec le pied droit devant, tu t’accommoderas dans le même accommodement, et là avec toute l’élégante dextérité qu’il soit possible tu passeras du pied gauche de travers vers son côté droit en faisant semblant de lui pousser une pointe dans les flancs à son côté droit, et comme il voudra la parer, soudainement tu passeras du pied droit vers son côté gauche en tirant le poing de l’épée quelque peu en arrière, et ainsi immédiatement tu lui tireras un revers traversé à la face ou au bras de l’épée qui descende jusqu’aux pieds de l’ennemi, et s’il fait à la suite une riposte pour te frapper, immédiatement tu laisseras aller ton pied gauche quelque peu derrière le droit en le frappant dans la main de l’épée d’un demi-maindroit ou d’une pointe poussée comme tu voudras, en te plaçant ensuite dans l’élégante garde de porte étroite de fer.

DDG

L’art de l’épée seule — semaine 18

MS 345 folios 46v – 47v (L’arte de la spada pp. 75 – 76)

87. <A046v-2> Ton ennemi étant dans l’accommodement de queue longue étroite avec son pied droit devant, tu t’accommoderas dans le même accommodement, et là tu lui tireras une estocade vissée dans la main de l’épée, en accroissant quelque peu avec ton pied droit en avant, et de là soudainement tu remettras ton épée dans la garde précédente, et successivement tu lui feras semblant de pousser une pointe dans la poitrine à son côté gauche en passant du même pied quelque peu en avant à ce moment, et comme il voudra se protéger de ladite pointe d’une quelconque manière, soudainement tu lui frapperas la main de l’épée avec une estocade vissée ou le bras de celle-ci, la jambe gauche doit suivre la droite par derrière en se plaçant ensuite dans la garde de queue longue étroite avec le pied droit devant.

88. <A046v-3> Si ton ennemi est accommodé en queue longue large ou étroite avec le pied droit ou le gauche devant, tu t’accommoderas en queue longue étroite avec le pied droit devant, et là tu lui tireras une estocade vissée à la main de l’épée en tirant ensuite le pied droit quelque peu à côté du gauche en laissant aller l’épée en queue longue longue, puis en passant successivement du pied gauche quelque peu vers son côté droit tu lui tireras une imbroccade par le haut, soit au bras de l’épée, soit à la face comme tu voudras, et de là soudainement tu passeras du pied droit en avant en laissant tourner l’épée par ton côté gauche en montrant de lui tirer une imbroccade renversée à la face qui va jusqu’en garde d’entrée ; et s’il veut se protéger de ladite botte d’une quelconque manière, soudainement tu lui tourneras un revers doublé de bas en haut, tiré à son bras de l’épée et à l’épée même qui ne dépasse pas garde de licorne, et successivement tu lui tireras une imbroccade par le haut à la poitrine qui descendra en porte de fer étroite ou large, comme tu voudras.

89. <A047r-1> Si ton ennemi est accommodé dans l’accommodement de queue longue étroite avec le pied droit devant, tu t’accommoderas à son encontre avec le pied gauche devant, et là tu passeras du pied droit quelque peu vers son côté gauche en faisant une demi-volte de main en lui poussant une pointe à la poitrine sur son côté gauche, ta jambe gauche doit suivre la droite par derrière, et comme il se protégera avec son épée de ladite pointe, toi, tu n’abandonneras pas son épée avec la tienne et ainsi tu viendras à te trouver à mi-épée vrai tranchant avec vrai tranchant en guise de garde d’entrée, et de là soudainement tu passeras à nouveau du pied droit quelque peu en avant en faisant une demi-volte de main en lui poussant à nouveau une imbroccade dans la face, et comme il entreprendra de vouloir se défendre de ladite imbroccade, successivement tu caveras ton épée sous la sienne en lui chassant immédiatement à son côté droit une pointe ferme dans la poitrine en passant dans ce temps du pied gauche vers son côté droit, et la jambe droite doit suivre derrière la gauche, et si par hasard il se protège de la botte susdite, soudainement tu retireras le pied gauche en arrière en lui poussant une pointe dans la main de l’épée en te plaçant ensuite dans la garde de porte de fer étroite.

90. <A047v-1> Si ton adversaire est dans l’accommodement de porte étroite de fer ou en queue longue étroite avec le pied droit devant, tu t’accommoderas dans la garde que queue longue étroite avec le pied droit devant, et là avec une élégante dextérité tu feras voir de vouloir lui frapper la main de l’épée avec un demi-maindroit mais néanmoins dans cette feinte tu tourneras ton épée par dessous la sienne en passant du pied gauche en avant dans ce temps, et aussi tu feras une demi-volte de main en lui poussant une pointe ferme dans la poitrine à son côté droit, et s’il se protège de ladite pointe[1] en poussant ton épée à l’extérieur vers son côté gauche en guise de queue longue haute de telle façon que tu ne puisses le frapper, tu seras admirablement avisé de tirer ton pied gauche près du droit en t’éloignant avec la personne pas mal de l’ennemi le plus que tu pourras et en cavant ton épée par dessous la sienne, en passant dans ce temps du pied droit vers son côté gauche, en faisant semblant de lui pousser une pointe dans la poitrine à sa gauche, et comme il fera un mouvement pour se protéger de ladite pointe, successivement tu passeras du pied gauche vers son côté droit en tournant ton épée par dessous la sienne, en lui chassant immédiatement une pointe ferme dans la poitrine en guise d’imbroccade par le haut à son côté droit – et toutes les pointes fermes vont de cette façon –, et de là ensuite soudainement tu retireras le pied gauche en arrière en lui donnant un demi-revers à la main de l’épée qui ne dépasse pas queue longue étroite.

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[1] L’auteur a proposé une fin alternative à cette pièce avant de la barrer et de la réécrire. De fait nous avons une pièce <A047v-1bis> avec le passage biffé en italique, entre crochet : Si ton adversaire est dans l’accommodement de porte étroite de fer ou en queue longue étroite avec le pied droit devant, tu t’accommoderas dans la garde que queue longue étroite avec le pied droit devant, et là avec une élégante dextérité tu feras voir de vouloir lui frapper la main de l’épée avec un demi-maindroit mais néanmoins dans cette feinte tu tourneras ton épée par dessous la sienne en passant du pied gauche en avant dans ce temps, et aussi tu feras une demi-volte de main en lui poussant une pointe arrêtée dans la poitrine à son côté droit, et s’il se protège de ladite pointe {immédiatement tu passeras du pied droit en avant en faisant une demi-volte de main en lui poussant une autre pointe dans la face ou dans sa main de l’épée, et soudainement tu lui tireras un maindroit au bras de celle-ci avec le temps le plus bref qu’il soit possible, puis pour ta sécurité tu t’accommoderas en porte étroite de fer}.

DDG