L’école bolonaise

L’école bolonaise

L’école bolonaise (Scuola Bolognese en italien, Bolognese School ou Bolognese Swordmanship en anglais) est un terme usuel dans le milieu des arts martiaux historiques européens (AMHE) pour désigner l’art des armes principalement connu à travers l’ouvrage du maître bolonais Achille Marozzo.
L’auteur présente dans son livre, édité en 1536 et mainte fois réédité par la suite, un art martial complet et varié centré sur l’escrime à l’épée de côté (spada da lato). A ce jour nous disposons de huit documents qui se rapportent à cet art martial que l’on connait sous les noms de « Arte dell’armi », arts des armes, « schermo » défense et escrime, « arte del schermire / arte di scrimia » art d’escrimer, art de se défendre.

Bologne
La ville de Bologne est réputée pour abriter ce qui est considéré comme la plus ancienne université du monde occidental.
Cette université, « Lo Studio », fondée à la fin du XIème siècle fut initialement et demeura un centre d’étude et d’exégèse de l’ancien droit romain. Elle confère alors à la ville un rayonnement international qui contribuera à son développement et à son enrichissement culturel.
On trouve dans les archives à partir du XIVème siècle quelques noms de maîtres d’armes enseignant à Bologne : Rosolino (vivant en 1338), Francesco (vivant en 1354) et Nerio (enregistré comme « magister scremaglie » en 1354 dans la paroisse de San Paolo, il est encore vivant en 1385).

Les maîtres
Aujourd’hui, à la suite des auteurs italiens Pantanelli et Orioli, on fait remonter l’école bolonaise à Filippo (ou Lippo) di Bartolomeo Dardi, mort en 1464. Astrologue et mathématicien il habitait et tenait une salle d’armes dans la paroisse de S. Cristina di Porta Stiera (ou dans la via Pietralata selon Orioli). En 1412 il obtient sa licence d’escrime et ouvre sa salle d’armes. Entre 1413 et 1443 il rédige un traité, aujourd’hui perdu, sur la relation entre l’escrime et la géométrie. Ce travail lui permet d’accéder à une chaire de géométrie à l’Université de Bologne où il enseigne de 1443 à sa mort en 1463.
Il est souvent considéré comme le père de l’escrime bolonaise telle que pratiquée et diffusée par Achille Marozzo, au point que l’on désigne « l’école bolonaise » par le vocable « d’école Dardi ». Il n’y a cependant pas d’arguments suffisants pour étayer cette affirmation et tracer la transmission de l’art de Filippo Dardi jusqu’à Achille Marozzo.

En revanche il est possible de faire remonter la généalogie des maîtres à Guido Antonio di Luca. Mort en 1514, il vécut dans la via Saragozza dans la paroisse de S. Maria delle Muratelle et était un protégé de la famille Bentivoglio. C’est peut être un disciple de Filippo di Bartolomeo Dardi selon Orioli, mais nous n’avons pas de preuve de cette relation. Dans son école étudièrent quelques personnages illustres : Le comte Guido Rangoni, condottière modénais, Giovanni de Medici connu aussi comme Giovanni dalle Bande nere et Achille Marozzo. Ce dernier dira de Guido Antonio di Luca dans son ouvrage « …que de son école on peut bien dire qu’il est sorti plus de guerriers que du ventre du Cheval de Troie… »
Il aurait écrit un traité sur l’escrime Opera di Scherma qui aurait été imprimé en 1532. Aucune copie de cet ouvrage n’a encore été trouvée.

Achille Marozzo, né en 1484 et mort en 1553, est le maître emblématique de l’école bolonaise. Son père Lodovico appartient à une famille originaire de la commune de San Giovanni in Persiceto sous domination bolonaise. Achille Marozzo habite jusqu’à sa mort dans la via Riva di Reno près de l’Abbaye des saints Naborre et Felice à proximité de laquelle se trouve aussi sa salle d’armes. Il fut l’un des élèves de Guido Antonio di Luca. En 1531, il lui est accordé la permission d’extraire l’eau du fleuve Reno pour alimenter une filature construite dans sa propre maison située « capella Sancti Felicis. » Il est enterré à Bologne à l’hôpital militaire.
Achille Marozzo est surtout connu pour son ouvrage « Opera nova », plusieurs fois réimprimé.

Nous devons citer aussi des personnes, maîtres ou non, pour lesquels nous avons bien peu d’information :
– Antonio Manciolino, l’auteur de « Opera nova » est imprimé en 1531 à Venise. Certains indices dans son texte laissent penser qu’il connaissait Achille Marozzo et était en désaccord avec lui sur certains points.
– Angelo Vizzani (Vizani ou Viggiani) (dal Montone), né en 1517 et mort vers 1550. Il est l’auteur d’un traité intitulé « Lo schermo ».
– Giovanni dalle Agocchie (ou Agucchi), né le 9 mars 1547 qui publie son traité « Dell’arte di scrimia » à Venise en 1572.

Bien d’autres maîtres et auteurs de traités d’escrime viennent de Bologne après ceux-là, néanmoins les systèmes qu’ils décrivent s’éloignent de celui d’A. Marozzo, par exemple, pour se concentrer et se spécialiser sur la rapière.

Les sources
Pour étudier l’école bolonaise nous disposons à ce jour de 8 documents dont 6 sont des ouvrages imprimés et 2 sont des manuscrits récemment redécouverts. Les documents principaux sont les suivants :

– MANCIOLINO Antonio, Opera Nova per Imparare a Combattere, & Schermire d’ogni sorte Armi, 1531
Publié en 1531. La page de titre précise que ladite édition a été « nouvellement corrigée et imprimée », ce qui laisse entendre qu’il existerait une édition antérieure perdue. Le manuel est dédié à Luis Fernandez de Cordoba, Duc de Sessa, Orateur du sérénissime Empereur Charles Quint auprès du Pape Adrien IV. Hors il s’avère que Luis Fernandez fut nommé ambassadeur auprès du Pape en septembre 1522 et qu’il le resta jusqu’à la mort du Pape le 14 septembre 1523. L’ouvrage originel d’A. Manciolino doit donc être daté entre septembre 1522 et septembre 1523. Luis Fernandez est mort en 1526 la dédicace n’a pas été remise à jour lors de la réédition. Ce fait associé à un certain nombre d’erreurs ou de lacunes dans le texte suggère que l’édition de 1531 serait une publication posthume.

– MAROZZO Achille, Opera Nova dell’arte dell’armi, Modène 1536
Il s’agit d’un des traités d’escrime les plus célèbres. Le livre fut publié plusieurs fois en divers lieux Modène (1536), Bologne (1546), Venise (1550). Son fils, Sebastiano révisa et republia l’ouvrage sous le titre l’Arte dell’Armi en 1568 à Venise. Il y eut encore une dernière publication en 1615 à Vérone.

– VIGGIANI DAL MONTONE Angello, lo Schermo, Venise 1575
Ouvrage imprimé à Venise en 1575 puis à Bologne en 1588. Le manuscrit était prêt en 1551 mais Angello Viggiani demanda à son frère Battista d’attendre au moins 15 ans avant de le publier. A la Österreichische Nationalbibliothek de Vienne en Autriche, le Codex 10723 est une copie de présentation manuscrite de cet ouvrage, complétée par Battista en 1567 et qui porte le nom de « Trattato d’uno schermo ». Il a été donné en cadeau à Maximillien II (1527-1576).
Viggiani simplifie le système des gardes et renomme les gardes et les coups de manière plus rationnelle. Il reste néanmoins dans la logique et la continuité des auteurs plus anciens.

– DALL’AGOCCHIE Giovanno, Dell’arte di Scrimia, 1572
Sous forme de dialogue, Dall’Agocchie propose une des présentations de l’escrime selon l’école bolonaise les plus méthodique et claire. Son escrime s’oriente cependant plus vers l’escrime civile et se limite à l’épée seule, l’épée accompagnée du poignard et l’épée accompagnée de la cape. Il aménage un peu le système des gardes, privilégie les actions pied droit devant et remet en cause l’utilité des parades du faux tranchant.

– Manuscrits anonymes MS 345 & MS 346
Deux manuscrits, côtés M 345 et M 346, conservés à la biblioteca Classense de Ravenne ont été récemment découvert. La transcription est publiée par Rubboli et Cesari en 2005. Les deux manuscrits, bien qu’écrits par des mains différentes, semblent être l’œuvre d’un même auteur. Le manuscrit M 345 serait un autographe, il traite de l’épée seule et contient un enseignement théorique proche de celui d’Antonio Manciolino mais plus développé. Le manuscrit M 346 serait une copie, il contient des descriptions techniques pour des armes diverses ; il traite aussi de l’épée seule dont une trentaine de pages est commune avec le M 345. Ce sont des textes préparatoires d’un ouvrage incomplet.
L’auteur est inconnu, nous ne savons même pas s’il est bolonais. Le manuscrit M 345 supposé être rédigé de la main même de l’auteur présente des traits linguistiques du lombard et donc une origine plus septentrionale que Bologne. Néanmoins le contenu est dans la droite ligne des ouvrages ci-dessus.
La datation pose aussi problème. Les documents ne sont pas datés. L’examen des filigranes du papier employé et de l’écriture donne une date de rédaction autour de 1510, difficilement postérieure à 1520. Cette datation semble cohérente avec le contenu technique martial des ouvrages. En se basant sur d’autres critères, des spécialistes anglo-saxons posent une datation plus proche de 1550.
Les manuscrits M 345 et M 346 sont donc traités comme un seul ouvrage communément appelé « anonyme bolonais ».
Guido Antonio di Luca, mort en 1514, aurait publié un ouvrage intitulé Opera di Scherma en 1534. Cet ouvrage reste introuvable. Ruboli et Cesari émettent l’hypothèse que les manuscrits M 345 et M 346 aient put être les manuscrits de cet ouvrage. Rien ne vient étayer cette hypothèse.

Il existe deux autres ouvrages de moindre importance en regard du contenu :

– SPETIOLI Mercurio, Capitolo di M. Mercurio Spetioli da Fermo, nel quale si mostra il modo di saper bene schermire, & cavalcare ; Bologne 1577
(Nous n’en parlerons pas plus ici avant d’avoir pu en consulter le contenu.)

– D’ALLESANDRI Torquato, 1609
Le seul ouvrage qui sort du XVIe siècle. Il utilise la terminologie de Angello Viggiani.

Références bibliographiques
ORIOLI E. : La scherma a Bologna, in « Resto del Carlino », 20-21 maggio 1901, n. 140
PANTANELLI G. : Scherma e maestri di scherma bolognesi, estratto dalla « Strenna storica bolognese », anno terzo, cooperativa tipografica Azzoguidi, Bologne, 1930
GELLI J. : Scherma Italiana, sui principii ideati da Ferdinando Masiello , Milan. Hoepli. 1ère ed. 1891, 2ème ed. 1901, 3ème ed. 1917, 4ème ed. 1924, 5ème ed. 1932.

 DDG

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